Champ libre

Michael Kenna (né en 1953),
Dix-huit oiseaux, Reggio Emilia, Italie, 2007
Tirage au gélatino-bromure d’argent, 19,7 x 19,7 cm

Je ne voulais pas recommencer.
Lorsque j’ai constaté, le 11 décembre dernier, que je ne pouvais plus accéder à l’espace d’administration de Wunderkammern puis compris assez rapidement qu’en dépit de mes efforts et démarches, ce dysfonctionnement allait durer, j’y ai vu un signe. Il faut dire que toute l’année 2018 avait été traversée par la question de l’intérêt de tenir un blog culturel alors qu’il suffit d’une photographie ou d’une vidéo accompagnées ou non de trois lignes et jetées sur les réseaux sociaux pour se voir en peu de temps honoré, si les interactions suivent, du titre d’influenceur, voire de chroniqueur. Pourquoi se casser la tête, au fond, quand les recensions les plus encensées ne sont trop souvent que des montages plus ou moins habiles d’éléments tirés de dossiers de presse et de telle encyclopédie en ligne, voire de simples mouvements d’humeur maladroitement ou élégamment rebrodés ? Pour rien, suis-je tenté de répondre aujourd’hui, si ce n’est la beauté du geste et le plaisir de quelques-uns dont certains, subissant parfois ma prose depuis dix ans, ont la bonté – ou l’indulgence – de me concéder une approche passionnée (je n’ai jamais écrit sur commande), désintéressée (je ne suis pas à vendre) et quelquefois pas trop sotte. Pour la fidélité envers certains artistes que je suis depuis longtemps et dont j’ai toujours bonheur à rendre compte du travail, mais également pour ceux à venir qui sauront me procurer ce frisson-là.

Se défaire de l’idée de sa propre importance, se dire que « de là où l’on parle », pour reprendre une expression régulièrement entendue ces derniers temps, notre voix porte toujours moins loin qu’on l’imagine ; d’autres ont les manettes, l’entregent, les moyens, les carnets d’adresses ; laissons-les leur et appliquons-nous, avec ce dont nous disposons, avec humilité et conviction, à ce que nous savons faire.

Décentrer le regard, aussi fréquemment que possible. Entré depuis peu dans ma cinquantième année, je ressens de plus en plus le besoin de la fluidité, de l’authenticité, de la liberté. Ce sont elles qui, avec l’envie et la curiosité, dicteront seules mes propositions, ce qui signifie que je ne m’interdis rien, que Bach y côtoiera aussi bien Rembrandt que les Fleet Foxes, sans compter les chemins de traverse que je n’imagine même pas au moment où j’écris ces lignes. Sans doute également les textes se feront-ils plus concis ; il s’agit d’ouvrir des pistes, non de prétendre épuiser un sujet en assénant des vérités du haut d’une quelconque chaire, ce dont les critiques appointés s’acquittent à merveille ; distribuer bons et mauvais points a depuis longtemps cessé de m’intéresser.

Je tiens à remercier celles et ceux qui, de près ou de loin, m’ont apporté écoute et conseil, et me font le précieux et constant cadeau de leur bienveillance et de leur amitié.

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24 réponses à Champ libre

  1. Marie dit :

    Libre comme l’air et rejoindre les oiseaux, c’est aussi un formidable élan pour se retrouver plus nombreux dans l’espace.

  2. Tiffen dit :

    Mon cher Jean- Christophe , je suis heureuse non pas de te retrouver puisque je ne t’ai jamais perdu, mais de souhaiter la bienvenue à ce nouveau blog.
    Je te souhaite une très belle journée.
    Je t’embrasse bien fort.
    Tiffen

    • Ma chère Tiffen,
      Je pense qu’il y a assez peu de personnes pour se rendre compte que si le fil peut parfois se détendre, il ne se rompt pas pour autant. Je te remercie d’être de ces voix sincères qui saluent l’arrivée de Notulæ.
      Je te souhaite une belle suite de dimanche et t’embrasse bien fort.

  3. Valérie STAUNER dit :

    Merci Jean-Christophe pour ce nouveau blog qui prolongera le regretté Wunderkammern. Comptez sur ma fidélité sans faille!

  4. Mireille Batut d'Haussy dit :

    Le bonheur d’un souhait réalisé. Nous souhaitons à vos messagers de connaître et de nous faire partager le plaisir toujours très vif de la découverte et de l’enthousiasme partagés dans un paysage souvent renouvelé. J’aime la manière dont ces Dix-huit de Michael Kenna dynamisent un ciel plat et sans lumière ; joli dialogue entamé avec Matisse sur la notion même de vol, d’attente et de suspens. M.

    • Je les ai longtemps regardés, ces oiseaux, avant de me décider à suivre leur sillage et s’ils savent mieux que moi où ils m’entraînent, je veux être assez fou ? audacieux ? libre ? pour les rejoindre.
      Je vous remercie très sincèrement, Mireille, d’avoir participé à cet envol-ci.

  5. Lou Desjardins dit :

    Pourquoi vous casser la tête ? Mais… parce que vous l’avez cette tête, bien nourrie de connaissances et que vous offrez à des gens dont vous ne connaissez rien, le plaisir d’aborder un discours culturel qu’ils ne maîtrisent pas (puisque la maîtrise n’est pas chose commune). Pour ma part, depuis que je vous suis, j’ai fait de magnifiques découvertes et je ne manquerais pour rien au monde l’une vos chroniques, post, ou articles de blog. Je vous en prie, cassez-vous bien la tête si la transmission, la communication et le rayonnement demeurent pour vous, au-delà des tracas occasionnels, une affaire de plaisir. Comme lectrice, je continuerai d’en apprécier le résultat. En mots et en mélodies. Cher monsieur Pucek, merci pour cette belle générosité.

    • Pour saisir le fil que vous m’offrez, je suis effectivement tenté de répondre que j’aime bien me casser la tête quand c’est pour un motif qui me semble légitime et la culture en est un – votre présence ici en atteste –, encore plus sans doute dans un monde gagné par une binarité de plus en plus affolante et en proie à des convulsions quelque peu inquiétantes.
      Aussi vais-je continuer, pour le plaisir de la recherche et du partage, en espérant qu’il se trouvera quelques personnes pour goûter le résultat de mes cogitations.
      Je vous remercie bien sincèrement pour la générosité de vos encouragements.

  6. Clairette dit :

    Jardin baroque, Passée des arts, Wunderkammern et maintenant Notulæ, une longue et fidèle amitié…

  7. Évelyne dit :

    Quelle justesse dans vos propos Jean-Christophe et je ne saurais vous dire à quel point je me reconnais dans ces mots mûrement réfléchis. Je suis très très heureuse : cette naissance me comble puisque je regrettais de m’être amputée de votre éclectisme en ne venant plus sur FB, n’ayant plus que Wunderkammern. Enfin, j’exagère… c’était déjà beaucoup et les cadeaux que vous nous faisiez étaient toujours appréciés.
    Je ne doute pas du succès de ce beau bébé qui vient de naître.
    Merci pour ce nouveau voyage ; je vous accompagne volontiers dans votre envol, avec Joie et Constance.

    • Pour être tout à fait honnête avec vous, Évelyne, il y a avait au départ, pour de multiples raisons, très peu de chances pour que ce blog voit le jour; il m’aura fallu un long (et pas très confortable) temps de réflexion pour que je me décide à me lancer à nouveau, en repartant presque de zéro. J’ai, comme vous l’avez vu, tenté la publication directe sur facebook, mais il n’y a rien à faire, je ne me sens pas à l’aise sur ce réseau que je considère vraiment comme un outil et pas grand chose d’autre.
      Je me suis donné pour seule consigne d’être libre sur cet espace et j’ai même désactivé la fonction permettant de savoir qui s’inscrit ou se désinscrit aux alertes de publication; je ne veux pas travailler avec cette pression inutile et le choix que feront certains d’arriver ou de partir ne regarde qu’eux; personne ne pourra, en tout cas, me reprocher de ne pas avoir été clair dans mon propos liminaire.
      Je vous remercie d’avoir été présente dès les premiers pas de ce projet, discrète mais attentive comme de coutume.
      À bientôt !

      • Évelyne dit :

        Par honnêteté (tout comme vous) et parce que je suis quelque peu authentique quand ce n’est pas directe parfois, je vais vous faire un aveu.
        Il y a bien longtemps que j’avais pensé à cette possibilité : entre répondre sur FB et sur le blog, écrire sur un autre site pour tout ce qui n’était pas « classique », La Belle Alsace (musique, plantes, etc.) tout me disait qu’il vous fallait « vous regrouper » hors FB. J’avais de la peine pour vous -sans connaître les tenants et aboutissants- car, instinctivement, je sentais votre inconfort s’accroître ainsi qu’une certaine lassitude mais aussi un déchirement en vous (je ne trouve pas la bonne expression, désolée…). Je ne me suis pas autorisée à vous dire tout cela n’étant pas de vos proches. Je me suis contentée de vous faire savoir combien votre éclectisme me manquait, à plusieurs reprises, entre vous et moi. Ai-je manqué de courage ? Non, d’audace plutôt. Fort heureusement, votre cheminement et vos amis vous ont conduit à prendre cette décision libératrice pour vous et pour notre plus grand plaisir.
        Bien sincèrement,
        Évelyne

        • L’éclectisme est la fois mon oxygène et le caillou dans ma chaussure, Évelyne : je m’intéresse à plein de choses mais pour pouvoir écrire à leur propos, il faut un temps dont je ne dispose malheureusement pas. L’inconfort que vous avez pu ressentir ces derniers temps découle incontestablement de cette impression que j’ai pu avoir de courir sans cesse la poste mais aussi d’une trop grande attention accordée aux attentes, réelles ou supposées, des lecteurs, deux paramètres que je ne laisserai plus me gâcher l’existence à présent.
          N’hésitez jamais, de votre côté, à me faire part de vos impressions et remarques; on possède rarement le bon recul sur soi-même, ce qui rend le regard extérieur particulièrement précieux pour peu qu’il soit avisé comme l’est le vôtre.
          Merci pour cette apostille et belle soirée.
          Bien sincèrement.

  8. Nadine Job-Huert dit :

    Cher Jean Christophe
    Avec humilité, conviction, et beaucoup de talent, vous construisez une œuvre de culture et d’humanisme. J’espère qu’elle est reconnue comme telle.
    Je l’admire et me régale, et apprécie également votre constance et votre gentillesse à répondre à chacun (e). C’est avec joie que je vous suivrai sur Notulæ, plus librement que sur facebook.
    Merci, bien sincèrement
    Nadine

    • Chère Nadine,
      Pour être honnête avec vous, mon travail demeure assez confidentiel même au bout de dix ans sous différents visages; ceci dit, je ne recherche pas la popularité à tout crin et je préfère m’adresser à un petit auditoire qui prend vraiment le temps de lire plutôt qu’à un plus large qui se contente de survoler; c’est sans doute une des raisons pour lesquelles je me sens si peu à ma place sut les réseaux sociaux.
      Je vous remercie infiniment pour votre chaleureux message et espère continuer à mériter votre intérêt.
      Bien sincèrement.

  9. Michèle B dit :

    Bonjour Jean-Christophe !
    Me voilà reconnectée comme il faut !
    J’ai pris du retard en deux mois mais c’est rattrapable !
    A l’approche du Nouvel An chinois, je vous souhaite mille ans de prospérité !

    • Bonjour ici, Michèle.
      Le retard n’est pas énorme, effectivement, les démêlés divers et variés ne m’ayant pas rendu très productif ces dernières semaines.
      Je vous remercie pour les vœux adressés au blog et pour avoir rejoint cette nouvelle aventure.
      Bien amicalement.

  10. Rousseau dit :

    Bon vent à ce nouveau blog et bravo à son auteur dont on admire la constance, la pertinence, l’érudition et le style !

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